Je me souviens de cette liberté, et du sourire incontrôlable sur mes lèvres, et dès que je sors, je ne vois que des gens qui tirent la gueule jusque par terre ou des jeunes qui rient aux éclats en se moquant du reste du monde. Mais au fond, je ne suis plus capable de sourire comme ça non plus.
On m'a dit qu'être heureux, c'est un travail sur soi et un relationnel avec les autres. Je pense qu'on peut pas être heureux, comme ça, tout le temps, au contraire, c'est une joie immense qui vous prend aux tripes sans prévenir. Le bonheur, c'est une sensation qui te colle un sourire sur la gueule sans que tu ne t'en rendes compte, sans qu'il ne te passe à l'esprit qu'il pourrait en être autrement.
Je me souviens de ce silence ponctué d'une respiration douloureuse, cette attente de la mort. Cet enfermement qui enserre le coeur, cette peur qui fige le corps. Et comment peut-on rire innocemment en sachant que cela existe? Et comment peut-on penser au bonheur en connaissant cette douleur? Qu'est ce qu'on est d'autre que des êtres voués à la mort? Comment doit-on réagir face à cette connaissance de la fin? Est-ce qu'on doit tenter de profiter de la vie? Est-ce qu'on doit pleurer la mort? Rien de tout ça non, on continue d'être con, on continue de s'engueuler à tout va, et de se prendre la tête pour des futilités. On fait semblant de ne pas savoir et on brûle tout, les souvenirs heureux et malheureux qui font penser à la fin. Les êtres qui étaient notre vie, on les balaye, on les oublie, on appelle ça faire son deuil.
Et comment savoir quoi faire quand on sait que pas loin, d'autres vivent ça, pas les autres, mais eux, ceux qui comptent? Comment réagir quand elle souffre le martyr et ne peut presque plus marcher? Quand elle a du mal à respirer et sait qu'elle va partir? Quand elle doit être tant attristée et que personne ne peut rien faire?? Comment est-ce qu'on peut supporter ça? Comment est-ce qu'on fait pour être, tous, les uns et les autres, aussi cons et ridicules quand d'autres perdent tout ceux qu'ils aiment? Quand on regarde impuissants la douleur, l'horreur, la mort?
Au fond, si je ne veux pas parler, c'est peut-être parce que je pense trop.
Alors chut, je crois qu'il est l'heure, l'heure de fermer les yeux et de faire le vide, l'heure de réfléchir à tout ce que je sais. Je sais que j'ai beaucoup de chance, j'ai un toit, un confort, un superflu, comme un bon nombre de Français, comme tout ceux que je côtoie. Je sais qu'on néglige cet acquis, qu'on oublie que la première cause de mortalité dans le monde c'est la faim. Je sais qu'aujourd'hui les gens ne sont pas heureux, ils se suicident à cause du travail, ont énormément de stress, vont chez des psy, divorcent, font des enfants (en effet, pour moi c'est un facteur de mal de vivre, les couples qui croient qu'ils vont se sauver essayent de faire un gosse pour se rapprocher). Les jeunes aussi sont malheureux, ça boit de plus en plus, de même pour la drogue, bon, la crise d'ado elle est pas négligeable mais elle a tendance à durer plus longtemps et les conneries à commencer plus tôt. Enfin, c'est normal, on est né dans ce début d'écologie dût à la peur de la destruction de la planète (ce qui n'est pas négligeable comme crainte) ça fait un environnement favorable au malheur ça nan? Doit sans doutes y avoir d'autres causes, je pense que la technologie à un rapport avec ce malêtre. A prouver. En tout cas, je ne sais pas comment changer les choses, je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, je ne sais pas si j'ai vraiment envie de changer les choses, et je ne sais pas ce que je vais faire demain non plus..


